Google Ads pour médecins et cliniques esthétiques : les restrictions
par Sarah Schmitt
Un médecin qui souhaite lancer une campagne Google Ads se heurte à deux cadres distincts. Le droit français d’un côté, la politique publicitaire de Google de l’autre. Les deux se superposent, et une campagne peut être parfaitement conforme à l’un tout en étant refusée par l’autre.
Un cadre déontologique assoupli depuis 2020
Ce qu’a changé le décret du 22 décembre 2020
Le décret n°2020-1662 a modifié le code de déontologie médicale. Il a supprimé l’interdiction générale et absolue de la publicité, ainsi que celle des locaux à apparence commerciale.
Depuis ce texte, le médecin est libre de communiquer au public, par tout moyen, y compris sur un site internet. Cette communication porte sur ses compétences, ses pratiques, son parcours professionnel et ses conditions d’exercice, dans le but d’aider le patient à choisir.
Trois conditions encadrent cette liberté. L’information doit être véridique et loyale. Elle doit respecter la dignité de la profession. Elle ne doit pas tromper le public.
Pour les contenus à visée éducative ou sanitaire, le code impose une exigence supplémentaire : rester prudent et mesuré, s’appuyer sur des données scientifiquement étayées, et éviter de présenter des hypothèses non confirmées comme des faits acquis.
La position de l’Ordre
Le Conseil national de l’Ordre des médecins publie des recommandations que le praticien doit prendre en compte. Sa lecture reste restrictive sur un point : communiquer n’autorise pas à se comporter en annonceur commercial.
Une campagne payante se situe dans une zone grise. L’achat d’espace publicitaire pour capter des patients peut être analysé comme un détournement de la logique d’information prévue par le décret. Avant de lancer une campagne, interrogez votre conseil départemental de l’Ordre. Un avis écrit vaut mieux qu’une interprétation personnelle.
Publicité Google Ads et clinique esthétique : un régime à part
La chirurgie esthétique obéit à ses propres règles, distinctes de celles qui s’appliquent au reste du secteur santé.
Le décret du 23 septembre 2026
Le décret n°2026-891, entré en vigueur le 26 septembre 2026, encadre les communications commerciales des installations de chirurgie esthétique autorisées au titre de l’article L. 6322-1 du code de la santé publique.
Il pose un principe d’autorisation assorti d’exceptions. La publicité n’est plus interdite par principe. Restent prohibées les communications déloyales, celles qui portent atteinte à la santé publique et celles susceptibles d’inciter les mineurs à recourir à ces interventions.
La notion de communication commerciale est large. Elle couvre le démarchage, la prospection et l’incitation, sur tout support, sites internet et réseaux sociaux compris.
Sont expressément interdites :
- les communications créant une confusion avec une intervention à visée thérapeutique,
- celles qui garantissent un résultat,
- la présentation de la chirurgie esthétique comme répondant à un besoin de santé chez les mineurs,
- la mise en scène de mineurs, ou de personnes dont l’apparence laisse supposer qu’elles le sont,
- le recours à des personnages ou personnalités issus de l’univers des mineurs,
- tout contenu ciblant les mineurs ou particulièrement attractif pour eux, par ses éléments visuels, sonores ou écrits.
La sanction est lourde : l’autorisation d’installation peut être retirée lorsqu’une communication interdite est diffusée en faveur de l’établissement. Le décret porte la durée des autorisations délivrées depuis son entrée en vigueur de cinq à sept ans.
Une vérification à mener sur l’existant
Le texte s’applique aux contenus encore accessibles, pas seulement aux nouvelles campagnes. Une publication ancienne restée en ligne tombe sous le coup des mêmes règles. Un audit des annonces passées, des pages de destination et des comptes sociaux s’impose avant de relancer quoi que ce soit.
Le frein propre à Google
Les termes renvoyant à des médicaments soumis à prescription font l’objet de restrictions dans la politique publicitaire de Google. C’est ce qui bloque le plus souvent les campagnes de médecine esthétique, dont le vocabulaire courant repose largement sur des produits injectables délivrés sur ordonnance.
Contourner la difficulté suppose de construire les annonces autour de l’indication et de la zone traitée plutôt qu’autour du nom du produit.
Les règles Google Ads applicables au secteur santé
Une catégorie encadrée
Google classe les services de santé parmi les contenus soumis à règles spécifiques. Ces règles varient selon le pays de diffusion, et c’est la version anglaise du règlement qui fait foi en cas de divergence.
Certaines catégories sont interdites sans exception : les pharmacies non autorisées, les substances non approuvées, les traitements expérimentaux ou spéculatifs. La promotion d’antalgiques opioïdes sur ordonnance est également prohibée, à de rares exceptions près.
Les cas où une certification est exigée
Google impose une certification préalable pour quatre types d’annonceurs :
- les pharmacies en ligne,
- les services de télémédecine,
- les laboratoires pharmaceutiques,
- les services de prise en charge des addictions.
En France, la télémédecine suppose une accréditation LegitScript doublée d’une certification Google. Les annonceurs concernés ne peuvent promouvoir aucun médicament sur ordonnance, que ce soit dans l’annonce, sur la page de destination ou dans les mots-clés. La promotion des services d’addictologie est réservée aux organismes gouvernementaux.
Un point que ces règles rendent souvent confus mérite d’être posé clairement : un médecin libéral qui fait connaître son cabinet, un chirurgien esthétique compris, ne relève d’aucune de ces quatre catégories. La certification ne le concerne pas. Les règles de contenu, elles, s’appliquent intégralement.
Construire une campagne conforme
La rédaction des annonces
Le format court de Google Ads pousse à la formule frappante, qui est précisément ce que la réglementation écarte. Quelques repères :
- décrivez une spécialité, une localisation, des horaires, un mode de prise de rendez-vous,
- bannissez les superlatifs, les classements et les comparaisons avec d’autres praticiens,
- écartez toute promesse de résultat, même implicite,
- évitez les mentions de prix et les formulations incitatives,
- proscrivez les photos avant-après dans les visuels d’annonce.
Une annonce qui ressemble à celle d’un commerce a peu de chances de passer les deux filtres.
Le choix des mots-clés
Les termes liés aux médicaments sur ordonnance sont restreints et bloquent fréquemment la diffusion. Les requêtes de symptômes posent un autre problème : elles attirent des internautes en recherche d’information, pas de consultation, ce qui fait grimper le coût sans générer de rendez-vous.
Les mots-clés qui fonctionnent associent la spécialité et la zone géographique. Ils correspondent à une intention de prise de rendez-vous.
La page de destination
Google vérifie la page d’arrivée autant que l’annonce. Une page floue, sans mentions légales, sans identification claire du praticien ou avec des allégations non étayées entraîne un refus.
La page doit afficher l’identité du médecin, son numéro RPPS, son adresse d’exercice, et renvoyer vers un moyen de contact ou de prise de rendez-vous fonctionnel.
Le référencement naturel, un levier souvent plus adapté
Les recherches de praticiens sont fortement géolocalisées. Une fiche Google Business Profile complète, associée à un site structuré par spécialité et par zone, capte ces requêtes sans budget publicitaire et sans exposer l’établissement au risque réglementaire propre à la communication commerciale.
Ce levier demande du temps avant de produire ses effets. Il reste acquis une fois en place, là où une campagne s’arrête le jour où le budget s’arrête.
En résumé
Le décret de 2020 a ouvert la communication des médecins, celui de septembre 2026 a clarifié celle des installations de chirurgie esthétique. Aucun des deux n’a transformé ces libertés en liberté publicitaire. Entre le cadre français et les règles de Google, une campagne médicale conforme suppose des annonces sobres, des mots-clés choisis et une page de destination irréprochable.
Glozz conçoit des sites pensés pour la recherche locale, avec une structure et des contenus qui tiennent compte des contraintes propres à chaque activité réglementée.
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